Un rapport de force.

Voilà sur quoi repose la parentalité bien souvent.

C’est ce qui ressort de mes lectures en ce moment. #PasCool

Je suis particulièrement sensible à ce sujet car je suis enceinte et je me pose la question du type de parent que j’aimerais être.

Les lectures que j’effectue, principalement sur la parentalité bienveillante et le unschooling, me permettent de déconstruire beaucoup de mythes, mais aussi de me poser beaucoup de questions.

Sans que j’y prenne garde, cela s’est naturellement relié à ma recherche sur les peurs.

 

Voici ci-dessous ce que j’ai pu noter pour l’instant, et le rapport que je fais avec une gestion des peurs toxique.

Cela commence par une invalidation des ressentis

Froid :

Combien de fois imposons-nous à nos enfants de se couvrir, même s’ils ont chaud ?

J’ai même l’anecdote d’un enfant, lors d’une récréation, qui s’est fait punir parce qu’il refusait de mettre son manteau en plein hiver. Il disait avoir très chaud, mais l’éducateur ne l’a pas entendu de cette oreille et l’a puni.

 

Fatigue :

En tant qu’adulte, nous ne nous couchons que très rarement à heure fixe. Et surtout pas avant d’être fatigués. Pourtant nous imposons cela à nos enfants.

 

Faim :

Pourquoi obliger à manger un enfant qui n’a pas faim ? La seule chose que nous lui apprenons, c’est à ne pas respecter les signaux de son corps. De les considérer comme non importants et non pertinents.

 

Emotions :

Combien de fois disons-nous à un enfant « Pourquoi pleures-tu ? Ce n’est pas si grave… », « N’aie pas peur voyons ! », « Arrête de pleurer et fais ton grand garçon ! », etc.

Le message que nous faisons passer, c’est que ce qu’ils ressentent n’est pas correct et qu’ils doivent arrêter de le ressentir. Ce qui mène le plus souvent à une coupure dans le corps, car leur rejet de leurs émotions (et donc de qui ils sont) est plus douloureux à ressentir que cette coupure.

 

Apprentissage :

Nous forçons les enfants à apprendre des choses qui ne les intéressent pas, dans une posture qui n’est pas adaptée pour eux : l’immobilité au lieu du jeu libre.

Comment ont-ils appris à marcher, à parler ? Par des cours assis peut-être ?

Nous refusons de prendre en compte le besoin essentiel de bouger et de découvrir le monde au travers de leur corps, sous prétexte de contenus théoriques à leur faire engranger. Le temps de récréation a même diminué entre le temps de mon enfance et aujourd’hui !

Cela se poursuit par l’imposition d’une autorité extérieure qui sait mieux qu’eux et les prive d’un apprentissage précieux

Froid :

Nous imposons nos vues sous prétexte que nous ne voulons pas qu’ils attrapent froid.

Or nous ne prenons pas le temps de leur expliquer :

  • les signes d’un corps qui a froid
  • pourquoi ça a lieu
  • à quel moment (sensations / type de météo) il est important de se couvrir pour ne pas avoir de problèmes.

Non, nous leur imposons notre vision des choses, sans leur permettre de reconnaître ces sensations en eux, de les apprivoiser, de les comprendre, d’anticiper même quand ils sont plus grands et plus aptes à le faire. Nous leur refusons le temps qu’il nous a fallu pour apprendre.

 

Fatigue :

En imposant une heure de coucher rigide sous prétexte qu’ils ont besoin de repos, nous ne leur permettons pas :

– d’apprivoiser les sensations de fatigue

– de faire le lien entre un coucher trop tardif et la fatigue du lendemain

– de cerner leurs limites, leurs besoins et les rythmes qui leur sont propres.

Nous leur montrons ainsi que nous ne leur faisons pas confiance sur ce point.

 

Faim :

On nous a éduqués avec l’idée qu’il faut faire 3 repas par jour. Que c’est ainsi que ça se passe. (J’ai toujours du mal avec les « parce que c’est comme ça »)

Or, si l’enfant n’a pas faim, c’est à respecter.

La faim est un signal clair qui indique que nous avons besoins de manger. Si nous apprenons à nos enfants à l’ignorer pour répondre aux conventions, nous les privons d’un précieux lien avec leur corps. Ils risquent même davantage de manger pour combler des besoins émotionnels.

Et si nous-mêmes nous mangeons sans avoir faim, « parce qu’il le faut », il serait temps de ré-apprendre une connexion plus saine avec notre corps, son rythme et ses besoins.

 

Emotions :

Lorsque nous faisons ressentir à nos enfants que leurs émotions ne sont pas convenables, nous les conditionnons à moduler ou censurer ce qu’ils vont ressentir en fonction de l’approbation sociale qu’ils pensent recevoir.

Nous leur montrons aussi que ce que pense les autres est plus important que ce qu’ils ressentent, au lieu de leur apprendre à gérer sainement ce qu’ils ressentent et en tirer les enseignements nécessaires sur ce qu’ils sont en train de vivre.

Bref, nous ne leur apprenons pas une saine gestion de leurs émotions.

 

Apprentissage :

Nous nions ainsi que l’enfant n’a pas besoin de nous pour apprendre et qu’il se dirige naturellement vers ce qui l’intéresse et est favorable à son développement et son insertion sociale.

En imposant aux enfants un calendrier de choses à apprendre qui ne respecte ni leurs intérêts, ni leur rythme, ni leurs besoins, nous leur faisons passer le message que ce qu’ils pensent n’est pas important au vu de ce qu’une autorité extérieure leur impose.

Nous leur faisons donc croire que l’apprentissage ne peut avoir lieu en dehors de l’école et qu’ils n’ont pas les capacités de l’organiser eux-mêmes pour leur propre bénéfice. Nous leur apprenons aussi la soumission à une autorité extérieure.

Dans les sociétés tribales, c’est pourtant totalement l’inverse qui se produit, et cela produit des adultes tout-à-fait intégrés dans la société, avec un rôle défini.

Les mécanismes derrière tout ça :

La commodité pour l’adulte :

Certes, c’est plus facile pour nous en tant qu’adulte* :

  • de prévoir des repas à heure fixe
  • de ne pas avoir à porter le vêtement que notre enfant n’a pas voulu mettre sur son dos ou subir les conséquences de ses apprentissages en cours
  • d’être tranquille le soir une fois que l’enfant est couché
  • de régler les pleurs d’un enfant en une phrase simple et toute faite
  • de se conformer à ce que l’on nous dit qui est bon pour notre enfant et son futur sans avoir à se poser trop de questions

* il y a plusieurs pistes de solutions pour chaque, mais je ne les développerai pas ici car ce n’est pas le sujet de cet article

Nous les privons de cet apprentissage de leur corps et leurs limites sous prétexte de les protéger, mais aussi par convenance pour nous et parce que nous avons un certain point de vue sur ce qu’il faut faire (je ne dis pas que ce n’est pas justifié, je parle de la manière dont on l’impose sans respecter l’autonomie que l’enfant doit acquérir).

Ainsi, nous leur apprenons à invalider leurs sentiments et ressentis, tout comme à devoir justifier des intuitions ou ressentis profonds pour lesquels ils ne pourront trouver d’arguments.

 

Cela nie la réalité de l’enfant, lui fait sentir que ce qu’il ressent est moins important que ce que l’adulte ressent, dit ou croit. Nous ne lui apprenons pas à faire preuve de sens critique et être autonome, seulement à se soumettre à un ordre de notre part. Le message qu’il reçoit c’est « Tu es petit, donc c’est moi qui décide », soit un bel entraînement à la soumission aveugle à l’autorité.

Cela fait aussi entrer en jeu la concurrence des besoins entre l’adulte et l’enfant.

 

La concurrence des besoins :

Ce que je trouve assez fou, c’est que le rapport parent/enfant est souvent envisagé comme un rapport de force. Dès que l’on parle de respecter davantage les besoins de l’enfant, la remarque qui fuse quasiment tout de suite c’est « Mais tu ne vas pas le laisser commander quand même ?! »

Comme s’il était acceptable – et même souhaitable – que ce soit l’adulte qui commande. Que seul lui avait le droit de cité sous prétexte qu’il est plus âgé (au passage, on appelle ça de l’âgisme 😉 ).

Donc que la seule relation acceptable entre un adulte et un enfant serait celle où l’enfant se soumet à l’adulte, de préférence sans discuter.

Tout ça parce que l’adulte croit que ses besoins sont prioritaires sur ceux des enfants.

Ex : qui d’entre nous n’a jamais considéré que ce que faisait un enfant n’était pas important et qu’il devait l’arrêter sur-le-champ parce qu’on a quelque chose à lui faire faire ?

Tout ça parce qu’on nous a fait croire depuis tout petit qu’on ne pouvait pas satisfaire à la fois les besoins de l’un ET de l’autre, qu’ils entraient en concurrence.

D’où l’idée répandue que s’occuper de ses propres besoins en premier est égoïste. Alors qu’il s’agit d’une manière saine de s’occuper de soi pour être en mesure de s’occuper des autres adéquatement, sans partir d’un manque.

 

Donc au lieu de voir les besoins des enfants et des parents comme un continuum sur lequel nous avons besoin de nous ajuster en permanence, nous voyons cela comme un rapport de force, dont l’adulte devrait avoir la maîtrise sous prétexte de créer un enfant-roi insupportable.

 

La tentative de soumission/domination pour satisfaire ses besoins et le gain du plus fort :

Le parent, le plus souvent démuni, se voit donc poussé à 2 solutions :

  • acheter la paix, c’est-à-dire se soumettre aux désirs de son enfant sans prendre en considération ses propres besoins. C’est ce qui mène à l’enfant-roi capricieux.
  • faire preuve d’autorité, c’est-à-dire dominer son enfant en le forçant à rentrer dans la case définie par acceptable par lui : celle où il sent qu’il est en contrôle. Et cela sans tenir compte des besoins de l’enfant, ou en partie seulement, selon ce qui est confortable pour lui. L’enfant sent que l’amour de son parent, son empathie, sont conditionnels à son « bon comportement ».

 

Quand j’écris ça, je ne dis pas que c’est facile, hein ! Nous faisons avec ce que nous avons, car nous n’avons pas été élevés dans le respect de nos besoins en tant qu’enfant. Il est donc loin d’être évident de changer une fois rendus parents.

Et en même temps, ça ne veut pas dire que c’est impossible.

Anecdote : Personnellement, réagir de manière bienveillante en tenant autant compte de mes besoins que ceux de mon enfant sont mon objectif. Par contre, je sais que ça sera sans doute très loin d’être ça au début ! Sans doute très très loin même, malgré toutes mes bonnes intentions… Mais justement, je compte prendre cela comme un point de départ pour ensuite aller chercher des conseils, des outils ou des accompagnements pour devenir le type de mère que j’ai envie d’offrir à mon enfant.

Inutile de me mettre la pression, ce serait contre-productif. Juste avoir une intention de départ, accepter ce qui se manifeste sur le moment et trouver comment ajuster pour les fois suivantes.

>> Lire aussi : Peur : la puissance d’une impuissance patiemment habitée

 

Le lien avec une gestion toxique de la peur au quotidien

J’ai souvent entendu que les enfants sont des éponges.

Heureusement – ou malheureusement – pour nous, ils apprennent plus de ce que nous faisons, que ce que nous leur disons de faire…

Alors quand, en tant qu’adulte, nous appréhendons que nos besoins ne soient pas satisfaits, voire de perdre le contrôle de la situation et si faisons preuve de laxisme ou d’autoritarisme pour rester en contrôle, voici ce qu’ils apprennent :

  • la soumission à la peur : si tu ne sais pas comment en venir à bout, que tu ne vois pas de solution, achète la paix pour être tranquille. Même si c’est seulement à court terme que ça fonctionne.
  • la tentative de domination de la peur : si tu as trop peur de perdre le contrôle, tu tentes par la force et tous les moyens à ta disposition d’imposer ta volonté et de faire taire ce qui est plus vulnérable (que ce soit un enfant, ou des parts de soi)

 

Quand j’ai compris cela, je ne m’étonne plus du tout de cette relation toxique que la plupart d’entre nous exercent vis-à-vis de la peur, où se mêlent guerre contre soi (voire contre l’autre), honte, culpabilisation et violence… tout ça camouflé sous de louables intentions. #CommeDhabitude

Heureusement qu’il existe maintenant d’autres manières de s’y adresser ! Ne reste plus qu’à les populariser pour qu’elles deviennent la nouvelle norme.

 

 

Et toi, qu’est-ce que ça te fait de lire ce que j’écris ici ?

Partages-tu mon analyse ou au contraire y es-tu franchement opposée ?

J’aimerais te lire.

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