L’impuissance m’est insupportable.

Cette sensation d’être coincée comme si j’avais les pieds dans le béton me met en rage.

Une espèce de rage folle, qui me ferait tenter n’importe quoi pour en sortir.

Hors de question de rester la victime impuissante de la situation.

Tout, mais pas ça. #ParPitié

L’impuissance me ramène à subir ce qui m’arrive, encore

Etre spectatrice de ma vie…

Etre la fille derrière la vitre qui voit les événements se dérouler sans elle, malgré elle…

Qui hurle sans que personne ne l’entende… #CombleDeLhorreur

Me sentir laissée-pour-compte, je connais que trop cette impression et je n’en veux plus

 

Alors je me suis fait une promesse

Un jour, lors du décès de mon ex-conjoint, quand j’ai vu la montagne de regrets que j’avais pour ma vie du haut de mes seulement 28 ans, je me suis promis de ne plus me laisser tomber.

Je me suis promis de traquer cette impuissance jusque dans ses cachettes les plus lointaines pour ne plus lui laisser de place dans ma vie. #TuSors

Je me suis fait la promesse d’une vie sur laquelle j’aurais la main.

Une vie où je serais puissante par rapport à mon destin. #Enfin

>> Lire aussi : Et si tu t’appuyais sur tes peurs au lieu de t’en méfier ?

J’ai mis toute mon énergie dans la bataille

Mais plus je gagne, plus ma peur de l’impuissance grandit.

Car je sais intimement que cette impuissance, je la tiens à distance à grand renfort d’énergie.

Par les défis que je relève, je la maintiens loin, mais pour combien de temps ?

Car l’énergie me file entre les doigts comme une bobine qui se dévide trop vite…

Que vais-je faire quand la bobine sera finie ?

Vais-je retomber dans l’indigente pauvreté d’une impuissance subie ?

 

Décidément, accepter mon impuissance m’est impossible

Quand on veut, on peut, n’est-ce pas ?

Alors pourquoi malgré tout mon courage et ma volonté, je ne peux pas ?

Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

Une culpabilité immense m’envahit.

 

Pourtant, je suis à bout de ressources

Alors ce qui devait arriver, arriva : mon corps manque de me lâcher dans un burn-out, que j’évite de justesse. #JaiEuChaud

Me voilà de nouveau devant mon impuissance, mais nue cette fois-ci.

Que puis-je faire ?

La réponse vient d’un ami : apprendre à l’accueillir, à l’habiter pleinement.

Hors de question !

>> Lire aussi : Lettre ouverte à toutes ces peurs que je ne vaincrai jamais

 

Je ne peux pas me résoudre à faire le deuil de ma puissance

Cette idée m’est insupportable.

Je pleure, je me débats intérieurement.

J’injurie Dieu et le monde entier, que je me retiens de maudire sur 7 générations. #TuAsEuChaud

Le désespoir intense que je ressens à ce moment-là me remonte alors que je te l’écris. Mes mains tremblent et des larmes coulent sur le clavier.

Tout de moi ne veut pas abandonner le combat.

Je m’arc-boute intérieurement contre cette idée.

Je ne suis pas une lâche !!!!

J’ai envie de hurler, ruer, mourir… plutôt que de me résoudre à ça.

A cette évocation, ma gorge se noue. J’ai le cœur en morceaux…

 

Pourtant, il a bien fallu que je meure…

Que je meure à mon idéal de puissance victorieuse, pour habiter l’impuissance qui m’était imposée, offerte comme un cadeau mal emballé.

Que je l’habite patiemment, à défaut de pouvoir faire autre chose ; je n’en ai plus l’énergie.

Ralentir pour mieux sentir, voilà l’enseignement.

Mieux sentir tout ce qui s’agite en moi, que je ne voulais pas regarder jusqu’à présent tellement je suis occupée à chercher une manière d’échapper à l’inconfort que je ressens.

Sentir les subtilités des sensations dans mon corps.

Ecouter attentivement le discours intérieur qui m’agite et cherche à me mettre en mouvement.

Prendre conscience de la vision du monde déformée qui me passe devant les yeux.

Ressentir de la compassion pour les jugements terribles que je formule envers moi. #DigneDesPiresAnathèmes

Seigneur ! Quelle violence…

 

Je ne sais pas où ça mène, je ne sais pas même si cela mène à quelque chose. Mais je n’ai plus d’autre choix. Alors advienne que pourra. #QuiMourraVerra

accepter de mourir a ses peurs

Première surprise : la sérénité

Après quelques temps à faire cela, je suis surprise de ce qui se passe. Ou plutôt de ce qui ne se passe pas !

Il ne m’est rien arrivé de mal ou de terrible, contrairement à ce que j’anticipais.

Non, ma vie n’a pas empiré.

Elle n’est toujours pas confortable, mais moi, je me sens apaisée.

Le relâchement de pression intérieure me fait un bien fou.

C’est déjà beaucoup.

Deuxième surprise : la sensation de force

Je me rends compte que, paradoxalement, être digne en reconnaissant ma faiblesse me donne la capacité d’être plus forte.

Là où je m’agitais auparavant pour sortir de cet état de faiblesse insupportable, maintenant je conserve mon énergie pour ne la consacrer qu’aux moments où je sais que cela aura réellement de l’impact.

Et ça marche.

>> Lire aussi : Baisser mes attentes jusqu’à me rencontrer moi

 

Cela rejoint ce qu’écrit Marie de Hennezel, la femme qui a contribué à ouvrir le premier service de soins palliatifs en France dans les années 1990 :

Cette impuissance, une fois de plus assumée, est notre force. Continuer de faire ce qu’on peut, dans un contexte d’impuissance généralisée, est paradoxalement d’un effet puissant.

Connaître ses limites, les accepter, et continuer à donner ce que l’on peut, son sourire, sa joie de vivre, sa confiance, cela peut paraître désuet, sentir la morale bondieusarde. Pourtant il s’agit d’une ligne de conduite pragmatique, qui a fait ses preuves. Chacun essaie de se tenir au plus près de cette ligne, humblement.

Marie de Hennezel

La Mort intime, P 97

C’est cette lecture qui m’a donné l’élan de cet article aujourd’hui.

 

Car tout comme dans ces services, on ne s’occupe pas d’une maladie mais d’une personne, dorénavant je ne m’occupe plus d’une peur mais de ma personne.

Le plus important n’est plus la peur, mais ma relation à moi-même quand j’ai peur. Ma relation à ma fragilité, ma faiblesse, mon impuissance.

Cette impuissance que j’apprends chaque jour un peu plus à habiter, avec patience, amour, compassion et humour est finalement, contre toute attente, d’une puissance infinie.

 

La vache ! C’est beau ce que je viens d’écrire, hein ?!

J’en ai les larmes aux yeux dis donc… pas toi ?

 

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