Ce matin, comme hier et avant-hier depuis ma fausse couche, j’ai peur d’aller aux toilettes. J’ai peur de découvrir encore du sang… mais surtout j’ai peur de découvrir que quelque chose de pire – une hémorragie – est en train d’avoir lieu. J’ai peur de devoir me précipiter aux urgences comme il y a quelques jours.

 

Mais ce matin, j’ai aussi une brusque illumination.

En repensant à ma peur d’aller aux toilettes de ces derniers jours, quitte à me retenir d’uriner et en avoir mal au ventre, j’ai compris ce qui m’arrive : je porte encore en moi un traumatisme non guéri.

Je revis à chaque passage aux toilettes le traumatisme que m’a fait vivre la découverte de sang dans les toilettes il y a quelques jours. Découverte qui a entraîné la perte de mon bébé 48h plus tard…

 

Même si une partie de moi considère cette peur comme irrationnelle – car il est irrationnel de retarder mon passage aux toilettes pour retarder la découverte d’une mauvaise nouvelle potentielle – je comprends qu’au contraire ce comportement est très sensé.

Une partie de moi met en place des mécanismes de protection pour ne pas revivre le traumatisme qui n’est pas encore soigné (ça ne fait que quelques jours !).

« Mais voyons, tu n’as AUCUNE raison d’avoir peur ! » #Moralisateur

 

Cette histoire de « peurs irrationnelles » à laquelle croit une partie de moi, ça me fait penser à toutes ces attitudes condescendantes que j’ai pu avoir parfois envers ceux qui ont des peurs qui me paraissaient absurdes, car injustifiables à mes yeux. #GagneDeMoumounes #Chochottes

 

Aucune raison d’avoir peur… pour qui ?

Au vu de quelle histoire personnelle ?

Quelle insensibilité et quel nombrilisme !

 

Attardons-nous une minute sur ces cas où il n’y a AUCUNE raison d’avoir peur #APremièreVue :

  • Un enfant qui se fige en position de repli alors que je veux lui remettre son bonnet qui est de travers… car sa famille le frappe et il a pris mon geste brusque pour un coup à venir

  • La femme qui fait toutes les concessions imaginables car elle ne veut fâcher l’autre à aucun prix… car ayant eu un conjoint violent, elle anticipe tout changement d’humeur ou de ton de l’autre comme une menace potentielle #Vécu

  • La fois où mon copain de l’époque me passe un doigt sur le cou avec douceur sous forme de caresse et où je me fige complètement… mon corps se rappelant les tentatives d’étranglement de mon ex-mari dans un accès de violence

  • une peur paralysante de l’échec malgré de très bons résultats… car cela ravive la hantise de la moquerie et l’humiliation vécues toute jeune, où l’échec viendrait confirmer le peu de valeur que je crois avoir depuis

 

D’ailleurs, un fait n’a même pas besoin d’avoir été traumatisant consciemment pour laisser une marque indélébile dans l’être que je suis !

L’affect d’un être humain est tellement sensible que je me rends compte au travers de la thérapie que je poursuis que les pires marques, celles qui laissent le plus de traces, sont souvent celles que je banalise le plus… notamment parce qu’on m’a dit « c’est pour ton bien » et que j’y ai cru. #PédagogieNoire #AliceMiller

Une grossière faute de compréhension de la situation

 

Dire qu’une peur est irrationnelle, c’est n’avoir rien compris au fonctionnement de survie ultra-perfectionné du corps.

Ce n’est pas parce que je ne comprends pas qu’il n’y a rien à comprendre !

En dehors de ma compréhension, point de salut ??? #QuelleVanité #QuelleBêtise

 

Si la peur se présente, c’est que quelque chose dans la situation me rappelle une situation passée (consciente ou inconsciente) qui n’a pas été dénoué, apaisé, considéré avec amour. Cet élément est donc toujours envisagé par une partie de moi comme une menace dans le présent. #Survie

 

La situation a activé une tension qui n’a pas été libérée après le traumatisme initial.

A l’époque, quelque chose s’est figé dans mon corps, comme une mini-armure de protection contre ce danger précis. Il y a même de grandes chances pour que ce soit allé se loger dans mes fascias, ce « filet élastique » qui retient tous mes organes entre eux.

Si je n’ai pas fait d’exercice de libération de cette peur/tension (comme par le TRE notamment), cela est resté figé à l’intérieur de mon organisme.

Si le traumatisme s’est répété, cela s’est figé et cristallisé encore plus profondément dans mon corps. #EngrammageCellulaireDeLaPeur

peur irrationnel illogique

Que faire pour ne pas me brutaliser encore plus ?

 

Cela demande « juste » l’humilité de reconnaître que le plus souvent, les causes exactes se situent hors de ma compréhension, dans un passé proche comme dans un passé lointain (et la vie intra-utérine aussi).

 

Mais ne pas comprendre l’origine ne veut pas dire que je ne peux rien faire.

D’ailleurs, comprendre l’origine est très souvent secondaire. #RationnaliserRassure #MaisNeRésoudRien

Ce qui est primordial, c’est d’accueillir la peur qui s’exprime avec douceur, compassion, patience, écoute et bienveillance, sans jugement. Cela permet de dénouer ce qui n’a pu se dénouer à l’époque. Trouver des ressources et des stratégies pour que cet élément ne soit plus perçu comme une menace. Et donc dissiper en grande partie, si ce n’est complètement, l’origine de cette peur.

>> Lire aussi : Et si tu t’appuyais sur tes peurs au lieu de t’en méfier ?

 

C’est ce que je vais prendre le temps de faire avec mes saignements.

Pour que la prochaine grossesse ne soit pas empreinte de la peur de ce qui pourrait arriver, mais simplement de la conscience de la fragilité de la vie. Une vie qui me demande de profiter de chaque instant de tout mon être en embrassant mes peurs comme parties intégrantes de mon histoire. #GuerrièrePacifiée

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