Imagine un souper où ta voisine, avec les meilleures intentions du monde, te demande : « Tu reprendras bien un peu de culpabilité ? »

Irréaliste et stupide, me diras-tu. Qui dirait ça à ses amis ? #SaufSiTuNenVeuxPlus

Pourtant, tu entends ce message tous les jours sans t’en apercevoir.

Et ça t’handicape dans ton épanouissement, notamment si tu cherches à dépasser tes peurs.

Voici pourquoi.

 

Travailler sur soi ou le Nouvel Ordre Moral 

Travailler sur soi…

On dirait que c’est un peu comme une crise d’épilepsie qui nous prend depuis trente ans. Régulièrement, on s’agite et on s’affaire pour faire des choses pour notre « développement personnel ». Et entre les deux on s’affaisse dans le canapé à piller un sac de chips. #Cohérence

Le pire, c’est qu’on est passé de l’aspiration d’une vie meilleure à l’obligation de travailler sur soi. Puisque tout le monde PEUT le faire, chacun DOIT le faire. #GlissementDangereux

Tu ne me crois pas ?

Essaie la tirade suivante dans un souper entre amis : « Moi, j’ai décidé d’arrêter de travailler sur moi. »

Ecoute les réactions de tes amis.

Je te garantis que tu ne vas pas être déçue du voyage ! #EnPrendrePleinLaGueule #MoralisationSuprême

Pourtant :

A chaque fois que vous vous retrouvez du même côté que la majorité, il est temps de prendre du recul et de réfléchir.

Mark Twain

#Bêêêêêêê

 

Travailler sur soi : une tendance récente inspirée par le libéralisme

Jusqu’à une période récente, travailler sur soi ne venait même pas à l’idée des gens. En fait, cette notion est très récente. Elle a pris son envol à partir des années 70-80, d’abord aux Etats-Unis. Puis elle s’est propagée aux autres pays occidentaux.

Comme expliqué dans ce livre, cette idée prend ses bases dans le libéralisme.

Finalement, un peu comme pour l’économie de marché et la libre concurrence qui est censée bénéficier à tous de manière équitable, le développement personnel tel qu’il est envisagé aujourd’hui nous fait supposer d’emblée que tout le monde a les mêmes ressources (ou presque) et les mêmes leviers d’actions. #JeLaiFaitDoncTuPeuxYArriver #ExemplaritéBidon

 >> Lire aussi : Lettre ouverte à toutes ces peurs que je ne vaincrais jamais

ça suppose donc qu’on part à égalité et que celles qui n’y arrivent pas, c’est parce qu’elles ne le veulent tout simplement pas assez (nous y compris). #QuandOnVeutOnPeut

Elles n’auraient donc que ce qu’elles « méritent » si elles n’y arrivent pas, encore plus si elles ne font « rien » (à nos yeux). #Méritocratie

Or il n’y a rien de plus faux !

 

Tu trouves que j’exagère ? Alors faisons un petit jeu.

#ImagineUnePetiteMusiqueEntraînanteEtUneVoixCucul 

  1. Prends une multinationale et une petite entreprise.
  2. Suppose qu’elles ont toutes les deux le même type de ressources et de leviers d’actions, puisqu’ils sont disponibles un peu partout.
  3. Reproche à la petite entreprise de ne pas pouvoir égaler la multinationale.
  4. Dis à ses employés qu’ils manquent de volonté et qu’ils pourraient faire mieux.
  5. Reviens chez toi en te disant que c’est normal ce qui leur arrive, qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent parce qu’ils n’avaient qu’à se bouger plus. C’est pourtant pas si compliqué, non ?!
  6. Transpose ça au développement personnel, en remplaçant la multinationale par une personne bien outillée, pleine de ressources intérieures et la petite entreprise par une personne avec moins d’outils, moins consciente de ses ressources.

La comparaison fait mal ?

Tant mieux, c’est voulu. #TechniqueDimpact

Tu vois maintenant un peu mieux tous les dégâts que peuvent avoir certaines injonctions déshumanisantes du développement personnel sur celles qui les écoutent.

En particulier sur les personnes les plus vulnérables voire fragiles, comme celles venant d’un milieu carencé (affectivement, socialement) ainsi que les victimes d’agression ou celles ayant subi des traumatismes.

ça peut aussi être n’importe qui d’entre nous, dans une passe difficile de sa vie.

  

Travailler sur soi, une notion absente de la nature

Personnellement, en ce qui concerne le modèle à copier je pense qu’on se fourre le doigt dans l’oeil jusqu’à l’omoplate. #AnatomiquementImpossible

Pour moi, LA référence en matière d’adaptation optimale et mon point de comparaison favori, c’est la Nature.

En terme de sélection sans pitié, c’est le top. En terme de vie épanouie et de productivité durable aussi. #BonnetDânePourLeLibéralisme #Hiiiihan

Mais quand je regarde la nature, j’ai beau chercher partout, je ne vois aucune plante, aucun animal travailler sur lui ; chacun est parfait pour son milieu. Pas un qui tente de « réussir sa vie ». Pas un qui se dépêche, sauf quand il se fait courser pour se faire manger ou que c’est lui qui veut se mettre à table.

Mais nous, non.

On doit « travailler sur nous« . On doit « réussir notre vie ».

Ah ? Parce qu’il y a un examen avec une note en-dessous de laquelle on redouble ?  #JaiDûRaterUneMarcheDansLévolution

  

Travailler sur soi ou tirer sur l’herbe pour la faire pousser

Si on ressent la nécessité de « travailler sur soi », c’est visiblement parce qu’on se dit – ou on nous fait croire – que les choses ne sont pas convenables telles qu’elles sont.

Avec la promesse que ce sera mieux après.

Mais oui ! C’est ça le but de toute cette agitation : être mieux APRES. #MaisPasMaintenant

Maintenant, ce n’est pas encore assez bien. Pour l’instant, JE NE SUIS PAS encore assez bien. #SousEntendu #Oups

Et puis comme ça va rarement aussi vite que je voudrais, je force les choses et je tente d’accélérer le processus avec ma petite volonté musclée.

Même si elle ne représente que 5% de mes pensées… même si les 95 % restants sont l’inconscient, sur lequel je n’ai pas de prise directe. #QuandOnVeutOnPeut #PasSiSûr

Autant ramer avec une paille, ce serait plus efficace !

Quand on fait ça, ça revient exactement à essayer de tirer sur de l’herbe pour la faire pousser.

Au mieux, c’est inefficace.

Au pire, on détruit tout. #TuReprendrasBienUneCoupeDeChampagnePourFêterça

Et si on arrêtait le massacre ?

En attendant la suite le 3 du mois prochain, je t’invite à me dire dans les commentaires ce que provoque chez toi la lecture de cet article 🙂

 

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